Personne ne sortira d’ici vivant – Hopkins/Sugerman – Extraits

 

 Personne ne sortira d'ici vivant - Hopkins/Sugerman - Extraits dans Littérature 51PCEKQGZAL._SL160_

Personnellement je crois que Morrison était un dieu. cela peut sembler extravagant à certains d’entre vous, excentrique à d’autres, pour le moins. Bien sûr Jim Morrison affirmait que nous sommes tous des dieux et que nous forgeons nous même notre destin. Je veux simplement dire qu’à mon sens Jim Morrison était un dieu des temps modernes. Oh, diable, un prince en tout cas.

Jusqu’à aujourd’hui Jim Morrison est resté mal compris. Le travail qu’il accomplit avec les Doors continue à toucher des publics nouveaux, alors que le vrai talent de Morrison et ses sources d’inspiration restent quasiment ignorées. Ses excentricités et ses arrestations continuent d’alimenter une légende plus folle et plus répandue que jamais, tandis que l’image même de l’homme est en train de pâlir.

D’abord il n’était pas si facile de se brancher sur Morrison, en 1967, l’époque où la plupart d’entre nous on entendu parler de lui. Il fallait faire une sacrée remise en question. S’identifier à Jim signifiait que vous étiez déjà en dehors, que vous choisissiez de venir voir. Le rock and roll a toujours attiré un tas d’inadaptés avec des problèmes d’identité, mais Morrison est allé encore plus loin dans l’inadaptation. Il disait, en substance :  » Ça va, on aime ça. Ça fait mal c’est l’enfer, mais c’est aussi salement plus réel que le trip où tu es. » Il montrait du doigt parents, professeurs, toutes les autorités du pays. Il ne restait pas dans le vague. Cette fraude, l’autorité, le mettait en rage, et il ne procédait pas par allusions, il accusait, furieux en  hurlant. Et puis il nous montrait comment ça se passait vraiment : « Les gens sont étranges quand on est un étranger/les visages sont laids quand on est seul. » Il nous montrait ce qui aurait pu exister :  » On pourrait être si bien ensemble/je te raconterais le monde que nous inventerions/monde sans plainte ni pudeur/entreprise/expédition/invitation et invention. » Il communiquait l’émotion, la rage, la grâce, et la sagesse.Il n’offrait guère de compromis. En être il n’y pensait pas.¨Passer à côté ou ailleurs, il n’y pensait pas . Son seul motif était d’aller jusqu’au bout de tout. Certains l’avaient fait, il l’avait lu dans les livres, il croyait que c’était possible. Et il voulait nous emmener avec lui. « Ce soir, chantait-il, nous auront passé les portes. » Les quelques années magiques des Doors, leurs débuts, ne furent guère autre chose que Jim et sa bande emmenant leur public faire une courte visite dans un autre lieu, un territoire au -delà du bien et du mal, un paysage sensuel, dramatique et musical. aller jusqu’au bout, passer de l’autre côté, c’est finalement la mort. On ne peut marcher sur cette corde raide entre la vie et la mort, entre « ici » et « ailleurs », qu’un temps limité. C’est ce que faisait Jim, avec des gestes frénétiques pour nous inviter à le suivre. Et, tristement, il semblait avoir plus besoin de nous que nous de lui. Nous n’étions certainement pas prêts à le suivre où il voulait nous conduire. Nous avions envie de le regarder, nous avions envie de le suivre, mais nous ne l’avons pas fait. Nous ne pouvions pas. Et Jim ne pouvait pas s’arrêter. Alors il a continué seul, sans nous.

Jim ne voulait pas qu’on l’aide. Il voulait seulement aider les autres. Je ne crois pas qu’il ait jamais été dans ce « trip de mort » décrit par tant d’écrivains, de journalistes. Je crois que son trip c’était la vie. Pas une vie temporaire mais le bonheur éternel. S’il devait se tuer pour y parvenir, ou même approcher d’un cheveu son but, alors c’était bien. S’il y eut quelque tristesse à la fin de sa vie, ce fut le regret instinctif du mortel qui s’accroche. Mais Jim le prince, le visionnaire, savait à quoi s’en tenir.

L’histoire que vous allez lire peut vous sembler tragique, mais pour moi c’est le récit d’une libération. Quoi que Jim ait pu subir pendant ses derniers jours, de déception et de tristesse, je crois qu’il a aussi connu la joie, l’espoir, et la tranquille certitude qu’il était presqu’arrivé au but.

Peu importe comment il est mort. Peu importe aussi, au fond, qu’il nous ait quitté si jeune. Ce qui importe c’est que Jim Morrison a vécu. qu’il a vécu dans le but qu’on nous propose à la naissance : se découvrir soi-même et découvrir ce dont nous sommes capables. Et il l’a fait. sa courte vie parle en son honneur. Il n’y aura jamais plus quelqu’un comme lui. (Daniel Sugerman – Personne ne sortira vivant d’ici – 22 mars 1979)

 

 

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