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Cahier rose marbré – Marguerite Duras – Extrait des Cahiers de la guerre et autres textes

Je ne voulais pas sortir avec les jeunes filles de la pension Barbet le dimanche, en rang. C’était exactement impossible à penser – impossible. Je l’avais dit à ma mère. Ma mère comprit que c’était impossible. Elle savait que contre certaine impossibilités que j’éprouvais, il ne fallait pas lutter. Où était-ce que j’arrivais à la convaincre ? je ne crois pas. De même que ma mère avait abandonné l’espoir de me faire lui demander pardon, de même elle abandonna celui de me voir me promener en rang avec la pension Barbet. Je lui avais dit : « C’est impossible » sans expliquer. J’avais ajouté : « C’est ridicule. »

Cahier rose marbré - Marguerite Duras - Extrait des Cahiers de la guerre et autres textes dans Littérature maguer10

J’aurais été incapable de m’expliquer, je n’en avais pas l’habitude. Jamais je ne m’étais expliquée sur rien, sur quoi que ce soit. Tout le monde était ainsi dans ma famille. Jamais, en aucun lieu, en aucun milieu, je n’ai rencontré un sens aussi aigu de l’impudeur du langage. Jamais il ne servit à autre chose qu’à désigner des actions à faire, des situations qui appelaient d’être formulées; les injures étaient ce qu’il y avait de plus gratuit, on aurait pu ne pas s’injurier, si on s’injuriait c’était en vertu d’un esprit de poésie. Jamais les mots ne servirent chez moi à décrire un état intérieur, à formuler une plainte. Le : « Tu me fais chier » de mon frère aîné voulait dire, pour nous, que tout le faisait chier, et qu’ il se trouvait dans un état que dans un autre milieu il est convenu d’appeler le désespoir. Aussi n’était-ce pas sans respect et sans sérieux  que nous évitions dans ces moments-là de lui adresser la parole. Les injures c’était notre poésie. Elles en avaient les caractères les plus vrais, les plus indéniables. D’abord leur gratuité qui n’était pas hasardeuse, mais qui tombait juste et nous inondait de révélations de toutes sortes. »Ta maison est une vraie  chierie, disait mon frère à ma mère, une vraie chierie et on s’y emmerde. » Ces mots trouvaient en nous cette forme « toujours creuse » dont parle Saint Jean de la Croix, et nous emplissait d’une évidence, d’une révélation. Dans ces cas-là, je sentais bien que c’était une chierie que la maison, que je nageais en pleine chierie, je soupçonnais que tout était chierie et qu’on en sortait jamais.

 

3 commentaires à “Cahier rose marbré – Marguerite Duras – Extrait des Cahiers de la guerre et autres textes”


  1. 0 hyeronimus 18 fév 2009 à 18:52

    je ne l’ai jamais lu.je devrais le faire, je crois le film l’amant ne retranscrit pas la qualité du livre n’est ce pas ?

    Dernière publication sur L'art n'est pas un mensonge : David Bowie - The Next Day

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  2. 1 athisha 18 fév 2009 à 21:07

    Il y a un phrasé Duras, une ambiance, une dureté aussi, on aime ou pas, elle devait écrire le scénario du film mais elle est tombée malade entre temps, je crois qu’elle n’a pas été satisfaite du résultat que ça a donné, je crois qu’adapter les romans de M Duras pour le ciné sans elle c’est casi impossible !

    Répondre

  3. 2 athisha 19 fév 2009 à 11:39

    Je devrais ajouter peut-être que pour moi, elle a un sens aigu de ce qui « tombe juste », j’ai toujours ressenti chez elle une grande acuité, une vision intense et juste des choses, pour ne pas dire intelligence tout court !

    Répondre

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