J.M. G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre.

C’est cela le secret. Ce n’est pas une question qu’on pose, ni une pensée qu’on a. Ce n’est pas un sujet de conversation ni un thème de livre. C’est la surprise qui m’arrête d’un coup, un jour, sur un grand rocher blanc au bord de la mer : je vois un seul petit coquillage collé contre la paroi de pierre que mouille la mer.
Il n’a rien d’extraordinaire, pourtant, ce petit coquillage. Non, c’est simplement un de ces petits escargots de mer, assez commun, qu’on appelle un troque ; de ceux qu’on ne cherche pas pour faire un repas ou un collier.
Qui est-il ? Il ne voit personne, personne ne le voit. Mais tout à coup, tandis que je le prends et le regarde, il devient l’être le plus beau et le plus précieux que je puisse rencontrer, le dieu de ce rocher blanc, régnant dans sa royale solitude sur ce morceau de rivage, entre la lumière du soleil et la profondeur de la mer.

Il a formé sa coquille admirable, volute parfaite enroulée sur elle-même ; jour après jour, pour personne d’autre que pour lui-même, sans autre souci de beauté que celle de la vie : résistance aux impacts, aux coups des vagues, aux mandibules des prédateurs. La mer doit glisser sur sa coque comme sur un morceau du rocher, et les bernard-l’ermite doivent se lasser devant cette armure. Tout cela, on le sait, ce n’est pas une surprise. Alors quoi ? qu’est-ce qui étonne devant ce coquillage. Qu’est ce qu’il y a de merveilleux et de troublant qui semble venir de ce petit animal sans importance ? C’est peut-être ce sentiment étrange et familier en même temps d’une parfaite réussite, d’une harmonie incomparable, comme si l’invention même de la vie sur terre était inscrite dans le colimaçon de cette coquille, dans le mouvement de cette spirale ; l’invention d’une forme et d’une pensée dont l’ancienneté et le pouvoir ne semblent plus à la mesure de l’animal lui-même. Je veux dire, c’est comme si je voyais dans toute sa précision le mouvement de la vie, son tourbillon, son enchaînement magique de circonstances et de hasards, son but même, tout cela devenu réel, ayant laissé, ici, sur cette roche blanche, près de la mer, son signe originel, pareil à une graine.

J.M. G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre.

7 commentaires à “J.M. G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre.”


  1. 0 mimi 10 oct 2008 à 11:07

    ce texte est magnifique. comment ne pas reconnaitre que c’est un grand écrivain…

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  2. 1 athisha 10 oct 2008 à 12:30

    c’est fait je crois ! simplement y’a beaucoup de personnes qui ne sont pas encore arrivés au stade de la sagesse de sa réflexion, alors ils ne peuvent pas le comprendre !

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  3. 2 mimi 10 oct 2008 à 17:07

    il l’explique très bien pourtant cette volonté que l’homme se doit d’honorer ses racines primitives.J’ai compris hier soir pourquoi il aimait tant Lautréamont dont l’écriture vibre aux rythmes des mesures africaines libérées de toutes contraintes sociales et stylistiques. J.M.G Le Clézio n’intellectualise pas, il sensualise.

    c’est à travers Lautréamont que je l’ai découvert. c’est à travers toi que j’ai découvert que c’est un écrivain important et surtout un homme précieux !

    là bas au pays de Selma Lagerlof (autre prix nobel) et de Bergman, ils l’ont bien apprécié, ils ont dit Son Humanité.

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  4. 3 athisha 11 oct 2008 à 8:40

    pour moi c’est une manière de concevoir la vie, la recherche d’un apaisement, qui passe par une communion avec la nature, toutes ces choses qui sont difficiles à mettre en mots, les sensations « primitives » enfouies en nous, là où il n’y a pas besoin de paroles, mais c’est tellement loin de la vie des gens en général, en gros dans notre monde on parle trop, on se saoûle de mots sans véritable sens, on s’y perd, les apparences extérieures ont pris le pouvoir sur la raison, la télé, les médias, la surconsommation d’images etc, tout cela fait un espèce d’almagame confus où les valeurs « naturelles peut-être essentielles », se sont dissoutes, c’est une grosse soupe dans la tête de la plupart des gens !
    Ce qui caractérise Le Clézio, c’est aussi une grande sensibilité, une écoute profonde de tout ce qui l’entoure, il est loin du monde superficiel et de ses apparences ! Haruki Murakami est très prôche de cela aussi, des sages en quelques sortes, mais de très grands angoissés aussi hein ! lol ! Dans tous les cas je me sens bien en leur compagnie !

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  5. 4 mimi 11 oct 2008 à 12:45

    savais tu que Haruki était aussi sur la liste du Nobel. ça sera pour une prochaine fois LOL ! ;)

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  6. 5 athisha 11 oct 2008 à 13:58

    Ah !… lol ! tu sais j’aime pas trop les prix, les médailles, les honneurs !… mauvais souvenirs d’école sans doute, mais bon, ça signifie quand même que je ne me trompe pas trop non plus !… lol !

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  7. 6 mimi 11 oct 2008 à 18:06

    c’est vrai c’est secondaire les prix.

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