Et elles tremblent…

« Un jour viendra-t-il où je supporterai de lire mes propres écrits imprimés sans rougir, trembler et avoir envie de disparaître ? » Virginia Woolf.

Pourquoi les femmes ont-elles plus de mal que les hommes à maintenir leur travail artistique à l’extérieur d’elle-même ? Pourquoi entend-on presque toujours, derrière l’affirmation des femmes artistes, cette interrogation, est-ce que j’ai le droit ? Pourquoi éprouvent-elles presque toujours envers leurs manuscrits, tableaux, sculptures la même ambivalence, oscillant de l’amour à la haine, du narcissisme au masochisme, qu’envers leur propre corps ?

Elisabeth Barrett :  » Chaque fois que je vois un de mes poèmes imprimés, où même retranscrits au propre, l’effet est des plus pénibles… Rien ne demeure que déception, qu’humiliation… »

Virginia Woolf :  » Désespoir à voir la nullité du livre : ne comprends pas que j’aie pu écrire de telles choses et avec tant d’enthousiasme : c’était hier, aujourd’hui, je le trouve bon de nouveau… haut et bas, et Dieu sait quelle est la vérité. »

Et elles tremblent.

Il y a des exceptions bien sûr, celles qui tremblent le moins sont celles qui aiment les femmes. Du coup, pour elles, comme pour les hommes, la matière artistique est non pas « moi » mais « l’autre ».

Quant à Virginia Woolf qui se sentait plus à l’aise avec des corps de femme qu’avec des corps d’homme, mais faisait aussi peu l’amour avec les uns qu’avec les autres, si elle a eu l’indécence de « trembler » dans ses journaux intimes, elle nous a fourni la clé pour comprendre ces tremblements. Il faut lire sa description de « l’Ange du foyer » , cette femme idéale, « excessivement sympathique », « absolument charmante » et « parfaitement altruiste », ce modèle d’abnégation féminine, de pureté qui lorsque Virginia s’est mise à écrire, a fait mine de guider sa plume :

« Je me suis jetée sur elle et l’ai prise à la gorge, j’ai fait de mon mieux pour la tuer, si je ne l’avais pas tuée, elle m’aurait tuée, elle aurait crevé le coeur de ce que j’écrivais… »

« L’Ange du foyer » ressemble à s’y méprendre à la propre mère de Virginia, or une femme qui « tue » symboliquement sa mère à travers l’acte d’écriture ou autrement, se tue toujours elle-même aussi.

Eléments tirés du livre « Journal de la création » de Nancy Huston.

Et elles tremblent...  dans Littérature 467342754_4e10eedba6_o

Elisabeth Barrett

 

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