Francesca Woodman, la fille éclatée – Photographe

«Mais je viens de m’apercevoir qu’un éclat de miroir servait simplement à trancher une paupière.» Extrait des mots doux qu’écrivait Francesca Woodman (1958-1981), qui plongea par la fenêtre de son appartement, à Manhattan, le 19 janvier 1981. Derrière elle, une œuvre composée de journaux intimes, de quelques poèmes et de nombreuses photographies.

Dont son premier autoportrait, à 13 ans, où elle joue à cacher son visage.

Le plus souvent, elle pose nue et prend possession du cadre avec beaucoup d’énergie, comme une sportive à l’entraînement. Elle flirte aussi avec le surréalisme pour aménager ses petits mélodrames narcissiques. Elle est d’une intense beauté, mystérieuse, légèrement vénéneuse.

Francesca Woodman, la fille éclatée - Photographe dans Photographes 3261b

On lui dit qu’elle ressemble à un modèle de Balthus. «Etre photographiée m’aide à être moi - je ne peux pas aller plus loin pour ce qui est de faire salon», prévient-elle un jour de 1973, juste avant de détailler les six manières de manger une orange.

La mort d’un artiste ne devrait pas jouer un rôle très important dans l’évaluation de son œuvre. Même lorsqu’il s’agit d’un événement tragique, prenons en exemple le suicide de Diane Arbus, cet élément biographique, capable de susciter une curiosité morbide chez le public, reste toutefois placé dans l’apparat chronologique et n’influence pas la critique de ses images.
Ce n’est pas le cas chez Francesca Woodman (1958-1981), jeune artiste américaine qui a constitué, de l’age de treize à vingt-deux ans, une œuvre cohérente, troublante et d’une intensité frappante en considération de son age. Son corps caché, flou, coupé par le cadrage ou invisible à cause de la longueur de l’exposition semble être, pour beaucoup de critiques, plus intéressant pour une lecture psychologique et comme prémonition de son suicide que comme choix esthétique. La complexité des intentions qui lui ont été attribuées s’adapte mal à une personne aussi jeune. Du coup, un soupçon de surestimation de son œuvre s’installe chez le lecteur.

Est vivement bienvenu donc le texte de Chris Townsend, qui accompagne la nouvelle monographie sortie chez Phaidon. Nous partageons volontiers avec l’auteur la critique envers les textes qui, à l’exception de ceux de Rosalind Krauss et Benjamin Buchloch, n’ont pas voulu analyser l’œuvre de la photographe américaine d’un point de vue plus formaliste ou contextuel. C’est également soulageant de constater que le point de départ de l’auteur prive l’artiste de tout a priori : « si l’on tente d’évaluer son œuvre pour la situer dans l’histoire des pratiques artistiques et photographiques, il faut garder à l’esprit que ces photographies sont celles d’une lycéenne, puis d’une étudiante, enfin d’une jeune femme. Francesca Woodman ne s’est jamais considérée comme une artiste accomplie, même si on la perçoit ainsi aujourd’hui. » (1)
Dans cet esprit, l’auteur dépasse les excès d’interprétations qui ont contribué à créer la légende autour du personnage de Francesca Woodman, notamment à partir de la fin des années quatre-vingt, et cherche les sources qui peuvent avoir influencé la jeune étudiante américaine dans la formation de son œuvre.
Fort de plus de vingt ans de travail critique sur l’œuvre de Woodman, Townsend passe en revue les domaines auxquels elle a été le plus souvent associée pour en vérifier les fondements et en reformuler éventuellement les théories. L’auteur renforce ainsi les liens entre Woodman et la photographie américaine alternative (2) et réduit en revanche à une inspiration formelle et thématique ceux qui avaient auparavant été établis avec le mouvement néogothique et le Surréalisme. Sont revisités également les connections avec la photographie féministe, mouvement auquel l’œuvre de Woodman ne peut pas être réduit, mais qui l’a manifestement inspirée par certains thèmes.
Par rapport à la monographie sortie chez Actes Sud lors de l’exposition à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain en 1998, cet ouvrage nous donne accès à un corpus d’environ deux cent cinquante images, le plus important qui ait été publié jusqu’à présent. La partie du livre dédiée aux document, nous ouvre quelques pages de ses cahiers d’artiste, nous présente des extraits de ses journaux et ses études de projets.

Le mythe du génie hors du temps fait place au portrait d’une jeune artiste extrêmement intelligente, sensible aux débats artistiques de son époque et capable de reformuler de façon originale les sollicitations reçues en tant qu’étudiante et jeune artiste. C’est ainsi que nous pouvons apprécier ses contributions les plus importantes : sa « remise en cause de la tradition de l’autoportrait » et la « critique de la capacité de la photographie à cerner la vérité du sujet. » Ses images jouent avec un des paradoxes de la photographie, cencée fixer sa présence dans l’espace et le temps, et qui pourtant n’arrive pas à exprimer son essence.

 fig5.h5 dans Photographes

4 commentaires à “Francesca Woodman, la fille éclatée – Photographe”


  1. 0 pacotilles 23 juil 2008 à 20:52

    sublime

    Répondre

  2. 1 Linda 30 oct 2008 à 0:16

    Bonsoir!!! c,est tout à fait magnifique ces photos…. d’une sensibilité et émotion .J’ai adoré.

    Thank you so mutch!!!

    laby Ny xxxx

    Répondre

  3. 2 Antonia 26 sept 2009 à 12:44

    « Elle n’a pas froid aux yeux Woodman, elle est déshabillée comme personne. Elle a décidé de déranger le somnambulisme humain »

    Son œuvre m’a LÉGÈREMENT inspiré quelques photos, réunies ici:
    http://antoniaburesi.blogspot.com

    Répondre

  4. 3 athisha 27 sept 2009 à 6:51

    Merci de vos coms, j’aime beaucoup tes photos Antonia, surtout celles en noir et blanc, comme toujours je trouve le noir et blanc bien « plus fort », il me donne plus d’émotions, la couleur dilue les émotions, les rend plus « anodines » sauf si elles sont exagérées, saturées, c’est mon ressenti perso. Oui cette photographe est dérangeante dans le bon sens du terme, comme tous les vrais artistes, ils secouent le quotidien et nous font aller un peu plus loin. En tout cas leur démarche est passionnante !

    Répondre

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