Qui est Wong Kar Wai ?

 

  Qui est Wong Kar Wai ?  dans Cinéma wong-kar-wai

Au début des années 1980, un mouvement connu sous le nom de  » la Nouvelle Vague hongkongaise » a énormément propulsé le cinéma hongkongais. Très vite, cette Nouvelle Vague a été talonnée par une  »deuxième Nouvelle Vague » dont Wong Kar Wai, né à Shanghai et immigré à Hongkong en 1963, était un des porte-drapeaux. Les films de Wong Kar Wai, tels que Nos Années sauvages , Chungking Express , Les Cendres du temps et In the Mood for Love ont hérité l’esprit  de la Nouvelle Vague et occupent une place importante dans la Deuxième Nouvelle Vague.

Evidemment, la Nouvelle Vague de Hongkong nous rappelle celle qui avait lieu en France entre 1950 et 1960. Dans l’histoire du cinéma, la Nouvelle Vague française s’est avérée l’un des principaux événements et le deuxième élan de la modernité du cinéma, après le néo-réalisme italien. Son apparition a profondément transformé le cadre esthétique de l’art cinématographique.

Puisque les deux mouvements cinématographiques portent le même nom:  » la Nouvelle Vague « , on se demande naturellement s’il y a un lien entre eux. D’ailleurs, la Nouvelle Vague française a-t-elle exercé une influence sur la création de Wong Kar Wai? Voilà deux questions auxquelles ce mémoire tente de répondre en comparant les films de Wong Kar Wai et ceux de la Nouvelle Vague française.

I. La Nouvelle Vague  en France et à Hongkong

1. La Nouvelle Vague française

Par le terme  »nouvelle », on peut bien imaginer qu’il y avait un mouvement antérieur à la Nouvelle Vague.

En effet, juste après la Seconde Guerre mondiale, pour la reconstruction du pays, le gouvernement français a signé en 1946 l ‘accord Blum-Byrnes avec les Etats-Unis, dans lequel La France a supprimé le quota d’importation de 120 films américains par an afin de pouvoir exporter ses produits de luxe aux Etats-Unis. Résultat: plus de 400 films américains ont afflué en France, représentant 51% du marché, alors que les films hexagonaux n’en occupait que 1/7 à 1/8 (2) .

Après la mise en application de l’accord Blum-Byrnes en 1948, les films de guerre et de criminalité y étaient désormais à la mode, dont le chef-d’œuvre de René Clément, La Bataille du Rail . Citons aussi Le Salaire de la Peur (1953) de Georges Clouzot qui cherche à révéler la méchanceté au fond du cœur. Cependant, les thèmes de la plupart des films de guerre concernent la Résistance et les armées secrètes en lutte contre l’occupant allemand. Les autres thèmes n’étaient pas favorables, étant donné que les Français de l’époque détestaient les sujets qui concernaient la capitulation et la collaboration. D’ailleurs, comme les films de criminalité imitaient davantage les productions hollywoodiennes, ils ont finalement perdu leur attirance.

A la même époque, a surgi en Italie un mouvement cinématographique nommé « le néo-réalisme ». Rome Ville Ouverte , réalisé en 1944 par Roberto Rossellini (1906-1977), en a pris la tête. Les néo-réalistes ont lutté contre les dogmes de l’époque, établis par le cinéma hollywoodien. Ils ont fait sortir le cinéma dans la rue et privilégié le vérisme à l’expressionnisme. Pour ce faire, ils n’hésitaient pas à prendre les gens ordinaires et non pas des acteurs professionnels comme principaux personnages afin de refléter la réalité.

C’est ainsi que sous l’influence du néo-réalisme a apparu en France la Nouvelle Vague. En ce qui concerne ce mouvement cinématographique, personne ne peut négliger André Bazin (1918-1958). Mort en 1958, il n’a pas eu la chance de voir l’essor de la Nouvelle Vague , mais il est considéré comme le « père spirituel » de ce mouvement. Tout est parti des Cahiers du Cinéma , une revue fondée en 1951 par Bazin lui-même. Cette revue a regroupé des jeunes critiques dont les plus connus sont François Truffaut, Claude Chabrol, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette et Eric Rohmer. Ils critiquèrent les films de l’époque et constituèrent en même temps leur propre théorie du cinéma. La plupart de futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague sont en provenance de ce groupe.

Entre autre, la théorie d’André Bazin a servi de phare. Elle comporte deux points principaux:

1)  » Le film est une asymptote de la réalité « .

Bazin s’oppose à la conception des intrigues et insiste sur la manifestation de la réalité, car « La caractéristique esthétique de la photographie est qu’elle est capable de refléter la vérité ».

2) Son idée sur la mise en scène.

D’après Bazin, le montage (autrement dit la coupure des images et le son) n’est pas un facteur essentiel du cinéma. Il encourage les jeunes cinéastes à respecter la puissance originelle des images. Il admet que pour révéler le sens on doit recourir aux techniques, mais ceux-ci, par l’intermédiaire des images sans traitement, sont surtout indispensables pour expliquer le thème.

En 1958, Françoise Girod, journaliste de l’Express , a le premier utilisé le terme de « nouvelle vague » pour nommer une série de films tournés par des jeunes réalisateurs. C’est la date officielle de La Nouvelle Vague française, marquée par Le beau Serge (1958) de Chabrol et Les Amants (1958) de Louis Malle. L’année suivante est une année cruciale, car trois films importants – Les Quatre Cents Coups (1959) de François Truffaut, A Bout de Souffle (1959) de Jean-Luc Godard et Hiroshima Mon Amour (1959) d’Alain Resnais – ont successivement vu le jour, signe de la prospérité de ce mouvement artistique.

Quoique, du point de vue de leur style, les cinéastes de la Nouvelle Vague soient différents, ils s’opposaient tous aux films commerciaux hollywoodiens, c’est-à-dire « les films de bonne qualité ». Ces jeunes cinéastes ont envie de substituer l’art cinématographique aux intérêts commerciaux. Au lieu des vedettes, ils choisissaient des acteurs amateurs pour jouer dans leur film. Ils ont mis au placard leur pensée théâtrale basée sur la contradiction, qui reflète toujours le caractère du réalisateur.

La Nouvelle Vague n’a duré que 4 ans, mais elle s’est inscrite dans l’histoire du cinéma comme le troisième grand événement du septième art. Son empreinte reste encore visible de nos jours.

2. La Nouvelle Vague hongkongaise

Sous l’influence de la Nouvelle Vague française, des mouvements analogues tels que « Cinéma des Jeunes » ont apparu au Japon, en Angleterre, en Espagne, au Brésil et aux Etats-Unis.

Quant à Hongkong, son histoire du cinéma est largement définie par sa situation géopolitique. Après la Seconde Guerre mondiale, les films de cette région ont rapidement adopté le modèle de production américain. L es frères Shaw, de leur côté, ont puisé dans les contes traditionnels chinois et réalisé des films de cape et d’épée. Leurs films, très populaires, ont dominé à Hongkong jusqu’au début des années 1970. En 1972, le film Fist of Fury a placé Bruce Lee à la tête des arts martiaux, genre qui dominerait le cinéma hongkongais pendant plusieurs décennies à venir. Malheureusement, Bruce Lee est décédé en 1973, à l’âge de 32 ans, juste après le tournage de Enter the Dragon

A partir du milieu d es années 1970, l’économie hongkongaise s’est accru à grande vitesse. Quant au cinéma, les drames d’arts martiaux étaient en déclin après le décès de Bruce Lee, tandis que l es comédies de Jackie Chan débutaient à peine. Par ailleurs, la télévision en pleine expansion a détourné un grand nombre de spectateurs du cinéma. En face de cette concurrence puissante, le cinéma devait imaginer immédiatement des innovations pour rivaliser avec celle-ci.

C’était dans de telles circonstances qu’est née en 1979 La Nouvelle Vague hongkongaise. The Butterfly Murders (1979) et We’re Going to Eat You (1980) de Tsui Hark, Fung gip (1979) d’Ann Hui, The Sword (1980) de Patrick Tam et Cops & Robbers (1979) de Kwok-ming Cheung signent le commencement d’une nouvelle époque.

Les changements amenés par la Nouvelle Vague hongkongaise se résument en trois points:

1) Les réalisateurs s’efforcent de renouveler le thème, les techniques et le langage cinématographiques. Le montage rapide employé dans The Sword en témoigne. Dans The Butterfly Murders , Tsui Hark, de son côté, a créé un langage mystérieux, voire obscure.

2) La Nouvelle Vague a mélangé les anciennes catégories et créé ainsi de nouvelles catégories. Le Nomad (1982) de Patrick Tam est un film original. Les protagonistes y sont libéraux. Ils vagabondent partout. Certains disent que c’est le premier film hongkongais dans le style de la Nouvelle Vague française, parce qu’il a montré un nouveau mode de vie chez les jeunes hongkongais.

3) Ce mouvement du cinéma a revalorisé les films hongkongais. The Story of Woo Viet (1982) d’Ann Hui et Hongkong 1941 (1984) de Po-Chih Leong sont deux films exceptionnels très évocateurs.

Par leur processus et leur but, la Nouvelle Vague française et la Nouvelle Vague hongkongaise se ressemblent beaucoup. Pourtant, il y a des différences entre ces deux mouvements artistiques: si la Nouvelle Vague française est une révolution consciente contre le mode de production hollywoodien et le vieux mode de narration française, la Nouvelle Vague hongkongaise n’est qu’une réforme relativement limité, qui avait pour missions d’affronter la concurrence du marché et la dépression du cinéma. Mais toutes les deux ont pour autant remis le cinéma en pleine vivacité, grâce aux nouvelles pensées et méthodes lancées par des jeunes cinéastes. Voilà les points communs des deux mouvements.

3. La deuxième Nouvelle Vague hongkongaise et Wong Kar Wai

Malgré ses grands succès, la Nouvelle Vague hongkongaise a ses défauts innés. Premièrement, l’ancien mécanisme du cinéma n’a pas été complètement changé. Par conséquent, peu après la Vague , la plupart de « nouveaux » réalisateurs se sont remis à la production des films commerciaux. Deuxièmement, Hongkong est une ville tournée vers le commerce. Les réalisateurs doivent prendre en grande considération le goût des spectateurs. Voilà un facteur défavorable au développement de la Nouvelle Vague. Le résultat est que la Nouvelle Vague hongkongaise s’est achevé autour de 1984.(3)

En fait, il existait deux courants dans la Nouvelle Vague hongkongaise. Le premier s’attachait davantage à la société et à la politique. Fung gip , The Story of Woo Viet et Hongkong 1941 en sont représentatifs. Le deuxième désignait le cinéma artistique avec Patrick Tam comme ancêtre ( Nomad et Final Victory , 1987). Lorsque la Nouvelle Vague hongkongaise était en déclin, les partisans du cinéma artistique ainsi que les disciples de Patrick Tam ont pris le relais pour raviver la braise. Des cinéastes comme Yim Ho, Stanley Kwan, John Woo et Wong Kar Wai ont continué à créer des films artistiques et ont ainsi déclenché un nouveau mouvement cinématographique, celui de la deuxième Nouvelle Vague hongkongaise.

Par son succès artistique et son renom international, Wong Kar Wai mérite d’être le symbole de la deuxième Nouvelle Vague. Né à Shanghai en 1958 et immigré à Hongkong en 1963, Wong Kar Wai s’est épris de la photographie lorsqu’il faisait ses études de design à l’Université Polytechnique de Hongkong. Après avoir appris la composition du scénario et la production de films lors d’un stage organisé par la chaîne TVB, il s’est engagé, en tant que scénariste de Patrick Tam, dans le cercle en 1982. En 1987, il a écrit les scénarios de La Trilogie de la Mafia . Mais Patrick Tam n’en a adopté que le dernier, le Final Victory , alors que le premier a été utilisé par Wong Kar Wai lui-même pour son premier film As Tears Go By (1988). Jusqu’à présent, Wong a produit au total 8 films artistiques qui ont tous réussi. Et il a su former son propre style dans la pratique.

« Wong adore Bernardo Bertolucci, Jean-Luc Godard, Robert Bresson , Michelangelo Antonioni. Il préfère la lecture et a dit qu’il aime les œuvres de Marquez et de Manuel Puig dont le dernier, me dit-il, lui a appris la composition des intrigues par le collage des pièces indépendantes. »(4) Il est patent que Wong s’est inspiré de la culture européenne. On trouve facilement des empreintes de la Nouvelle Vague française dans ses films. Un commentateur chinois a souligné que « le dialogue très connu de ‘l’oiseau sans pied’(5) dans Nos Années Sauvages provient de Bande à part (1964) , un film de Godard. »(6)

De plus, Patrick Tam a servi de tremplin entre Wong Kar Wai et le cinéma français. C’est un « cinéphile de la Nouvelle Vague française. Ses chefs d’œuvre, tels que The Sword , Love Massacre (1981) et Nomad , ont été largement inspiré de la théologie de Jean-Luc Godard et Michelangelo Antonioni. »(7) En tant que disciple de Patrick Tam, Wong Kar Wai a naturellement hérité le style de son maître. D’ailleurs, Tam a participé au montage de la plupart des films de Wong.

Les films de Wong Kar Wai sont appréciés non seulement par les Chinois, mais aussi par les spectateurs européens. Nos Années sauvages (1991), Happy Together (1997), In the Mood for Love (2000), et 2046 (2004) ont été déposés au Festival de Cannes. En 1997, il a remporté le Grand Prix de la mise en scène avec Happy Together . Tony Leung a été couronné de l’Interprétation masculine par son exhibition excellente dans In the Mood for Love tourné par Wong.

Toutes les analyses sont basées sur les faits. Dans l’histoire du cinéma, la Nouvelle Vague française est considéré comme le troisième grand événement parce qu’elle a accompli la théorie du néo-réalisme italien et a obtenu des exploits dans deux domaines: d’une part, le cinéma artistique créé par les nouveaux réalisateurs l’a emporté à l’époque; il est devenu d’or et déjà un genre non moins principal que le cinéma commercial (le cinéma de « bonne qualité » qui souvent n’a aucun autre objectif qu’intérêts). D’autre part, les innovateurs ont retourné leur caméra pour viser la réalité, le grand public, les problèmes de la jeunesse, les maux de la société, etc. De ce point de vue, la Nouvelle Vague française est l’humanisme dans le domaine du cinéma.

Quel que soit leur motif, les deux Nouvelles Vagues qui se sont succédées à Hongkong ont également apporté des innovations au sein du cinéma. Désormais, des réalisateurs ont su attacher de l’importance à la valeur esthétique tout en refusant le mécanisme à l’américaine. C’est aussi un point commun de la Nouvelle Vague française et des Nouvelles Vagues hongkongaises. Surtout l’apparition des films de Wong Kar Wai qui a non seulement bouleversé les milieux hongkongais, mais aussi toute la planète. Wong est le premier réalisateur hongkongais qui s’applique à la production des films artistiques. Et il a hérité le patrimoine de la Nouvelle Vague française.

Erping FANG, Cadrage Mai 2006

0 commentaire à “Qui est Wong Kar Wai ?”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Tout oublier. Ouvrir la fenêtre. Vider la chambre. Elle est traversée par le vent. On ne voit que le vide, on cherche dans tous les coins et l'on ne se trouve pas. F KafKa

Auteur:

athisha

Mon nouveau Forum

http://athisha.forumactif.net/
  • Album : Mapplethorpe - Photographe
    <b>robertmapplethorpe.jpg</b> <br />

J’adore !

J’adore !

«On n'est peut-être pas fait pour un seul moi.» «On n'est pas seul dans sa peau.» «La jeunesse, c'est quand on ne sait pas ce qui va arriver.» «Je cherche un être à envahir.» On veut trop être quelqu'un.» «Il cherche la jeunesse à mesure qu'il vieillit. Il l'espérait. Il l'attend encore. Mais il va bientôt mourir.» Henri Michaux

Les oiseaux noirs !

Les oiseaux noirs !

La Musique

La Musique

Les anges déchus

Les anges déchus

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Kate Bush

Kate Bush

Les chats

Les chats

juin 2008
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

A cup of tea

A cup of tea

Lire et rêver !

Lire et rêver !

l’Art et le cinéma

l’Art et le cinéma

Vous devez être connecté à votre compte pour me contacter


BAB BERRED |
dylan0000 |
Plug-in or not plug-in |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ché wam..
| Laurent Krauland
| Bloguetrotteur