LE COUTEAU DANS L’EAU (1962) de Roman Polanski

LE COUTEAU DANS L'EAU (1962) de Roman Polanski dans Cinéma couteau-bis

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LE COUTEAU DANS L’EAU est inspiré d’un voyage de Polanski en Mazurie (nord de la Pologne). C’est là qu’il découvre la voile : « Ce fut Kika qui me fit connaître les délices de la voile. Je passai avec elle quelques semaines idylliques au cours de l’été 1954 (…) j’ai appris les rudiments de la plaisance avec ses amis – une petite fraternité de plaisanciers avec ses signes de reconnaissance personnels, son jargon ésotérique et son dédain pour les terriens. » . De là sans aucun doute, ces images précises, empiriques, cette description (fascination) authentique pour l’eau et la voile imprimée dans LE COUTEAU DANS L’EAU.

Un tournage mouvementé

L’équipe s’établit dans le nord de la Pologne, dans les lacs de la Mazurie. Pour filmer le petit voilier, une plate-forme flottante est installée sur l’eau, accompagnée non loin d’un bateau destiné aux électriciens et de plusieurs autres bateaux pour le remorquage et le transport. C’est sans compter sur les caprices du soleil et du vent obligeant souvent l’équipe à refaire intégralement certaines scènes. Mais c’est probablement l’actrice qui aura causé les plus vifs tourments sur le tournage car, outre son problème de poids de plus en plus préoccupant, sa mollesse et son inexpressivité exaspèrent l’ensemble de l’équipe. Ils tentent d’abord la douceur pour stimuler chez elle des réactions, mais sans résultat. Dans la scène où elle est supposée être surprise du retour de l’auto-stoppeur (alors qu’on le croyait noyé), le seul moyen pour l’équipe de la faire sursauter fut de tirer un coup de pistolet à fusée.

Le tournage du COUTEAU DANS L’EAU est aussi marqué par la mort d’Andrzej Munk (un des professeurs et mentors de Polanski) et l’emprisonnement de Polanski qui s’en suivit. Alors que Kuba Goldberg pleure la mort de Munk dans les toilettes, un policier entre et demande explication. « Kuba parvint à articuler d’une voix brouillée : « Foutez le camp et foutez-nous la paix. » Le flic l’arrêta sur le champ pour « outrage à un représentant de l’Etat ». Je voulus intervenir et ne parvins jamais qu’à me faire arrêter à mon tour. Nous passâmes la nuit dans des cellules séparées. » (A, p. 241).

Avec cette série de contrariétés, le tournage prend du retard. Et, pour ne rien arranger, la femme de Roman, Barbara (alors en tournage en Italie), évoque leur séparation. Il boucle néanmoins le tournage des scènes d’extérieur et, sur la route du retour, subit avec ses amis un grave accident de voiture. Polanski est blessé au crâne et tombe dans un coma de plusieurs jours à l’hôpital. Deux semaines plus tard, il quitte l’hôpital contre l’avis général et tourne les scènes d’intérieur du film à Varsovie et envoie ses négatifs des Mammifères et du COUTEAU DANS L’EAU au développement. Mais un problème de taille finit de tourmenter Polanski : le son du COUTEAU DANS L’EAU est inutilisable. Polanski, mécontent de la voix de son actrice la fait doubler par une actrice professionnelle (qui par ailleurs trouve le film épouvantable) et double lui-même la voix de l’auto-stoppeur.

Un homme et une femme

LE COUTEAU DANS L’EAU a un début cousin du Voyage en Italie (1953) de Roberto Rossellini : un couple en voiture part en vacances, vacances qui tournent à la rupture. Le générique du COUTEAU DANS L’EAU défile sur l’image de ce couple en voiture. Et le reflet des arbres sur le pare-brise fait apparaître des ombres et un sentiment de fuite et d’évaporation sur les visages, presque irrités, de ce couple. Nous n’entendons d’abord pas le couple parler dans leur voiture (fait assez rare au cinéma). C’est un voile, une distance, voire un masque (le son est masqué), qui sera levé, comme au théâtre. La distance sonore ici souligne la froideur de leur relation, la gèle. Pendant le film, Andrzej et Krystyna ne se diront rien sinon des banalités quotidiennes que Polanski décrit minutieusement. Le dénouement sera révélateur, libérateur. Le voile jeté, le couple se déchaîne et se dit tout. L’homme: « Tu me débectes, sans moi tu serais une pute ». La femme: « Cabotin ! »

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II

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